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Etude biomécanique du lancer franc |
R.Ziane Doctorant Lirest / ENS de Cachan B.Grosgeorge Entraîneur national |
Pour beaucoup d'entraîneurs, le tir de champ basique est le tir de lancers franc. Tout commence par ce tirÖ En effet, les meilleurs tireurs à mi-distance sont aussi d'excellents tireurs de lancer francs. Par ailleurs, ce type de tir réalisé en situation standard se prête bien à l'analyse et permet de tirer des conclusions généralisables à d'autres tirs de champ. Mais, bien que la technique soit rigoureusement définie, il semble que les joueurs s'y prennent souvent de façon différente :
- Quelles sont les différences entre les tirs parfaits et les tirs ratés ?
- Existe-t-il des façons de s'y prendre propres aux filles ?
- Quels principes communs aux filles et aux garçons pouvons-nous trouver ?
- Les consignes des entraîneurs sont-elles confirmées par l'analyse biomécanique ?
- Quelles consignes donner aux joueurs pour les aider à réussir ces tirs ?
Nous présentons ici quelques résultats díune analyse réalisée en 1998 sur le tir de lancer franc. Les résultats ont été présentés au colloque sur le tir à líINSEP (juin 98). Ils nous permettent avec un peu de recul d'insister sur l'importance de certaines consignes par rapport à d'autres, ainsi que sur la mise en évidence de l'utilisation fréquente par les entraîneurs de consignes inutiles.
I. Rappel sur le protocole
Les filles et les garçons, du centre fédéral, ont joué les " cobayes ". Ces pratiquants qui s'entraînent quotidiennement laissent à penser quíils maîtrisent déjà les principes de base de cette technique de tir, décrits dans le nƒ 596 de la revue (avril 1995). Il síagissait pour eux de réaliser comme à líentraînement cinquante lancer francs. Mais pour líoccasion, ils ont été filmés de profil, équipés de marqueurs très légers à líépaule, au coude, au poignet et au niveau du petit doigt. Les images réalisées ont été traitées à líaide díun logiciel díanalyse biomécanique (logiciel 3D VisionTM de BIOMETRICS ©G.DIETRICH). Les résultats présentés ici ne concernent que les tirs " ratés " et les tirs " parfaits " (qui rentrent sans toucher l'anneau).
II. Les principaux résultats
II.1 La réussite
Les filles se sont montrées plus habiles que nos garçons. En effet, 65% de leurs tirs sont " parfaits " contre 46% chez les garçons, et elles ont réalisé presque deux fois moins de tirs " ratés " que les garçons (15% contre 29% - différence significative d'un point de vue statistique). La meilleure réussite des filles pourrait s'expliquer du fait que nous avons utilisé un ballon de taille 6, celui habituellement utilisé par les filles à l'entraînement et en compétition, alors que les garçons utilisent habituellement le ballon de taille 7 (nous avons procédé ainsi afin de pouvoir comparer les cinématiques de tirs des filles par rapport à celles des garçons).
La comparaison a également montré des différences significatives au niveau de l'endurance de précision. Après 20 tirs, tous ne sont pas équivalents, si la précision reste constante pour certains, elle se dégrade pour díautres au cours de la série de tirs.
II.2 L'analyse du mouvement et conséquences des résultats
Pour notre étude, nous nous sommes limités à l'analyse du déplacement des articulations de l'épaule, du coude, du poignet et du petit doigt illustrés par les kinogrammes ci-dessous. La simple comparaison suffit à montrer quíil existe autant de formes de tirs parfaits que de basketteurs.
TRACES DE TRAJECTOIRES ARTICULAIRES DES TIRS PARFAITS
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FILLES |
GARCONS |
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Flore |
Delphine |
Corinne |
Tony |
Mathieu |
Mam |
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Sur la figure ci dessus, en marron est tracé la trajectoire de l'épaule, en vert celle du coude , en bleu celle du poignet, en rose celle de l'auriculaire, en rouge la position du bras au départ du mouvement.
KINOGRAMMES DES TIRS PARFAITS
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FILLES |
GARCONS |
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Flore |
Delphine |
Corinne |
Tony |
Mathieu |
Mam |
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On notera quíil níy a pas de style de tir masculin ou féminin, ni de styles liés à des morphologies particulières. Toutefois, nous avons pu montrer que le ballon ne rentre pas dans le panier lorsque
- le tireur corrige le mouvement au cours de sa réalisation
- le tireur réalise un mouvement trop tardif du poignet vers le bas (dans le cas d'une trajectoire trop tendue)
- se concentre plus sur líangle du poignet plutôt que sur la vitesse quíil doit donner au ballon
- le tireur interrompt le mouvement immédiatement après le lâcher de ballon
- réalise un fouetter du bras (en réalité, les fouetter sont utilisés en sport pour lancer plus loin comme en athlétisme ou frapper plus fort comme en boxe française, or le meilleur tireur au lancer franc est celui qui tire avec le plus de précision Ö et non le plus puissant) au lieu díune poussée en ligne droite du ballon
- retient le mouvement même après le lâcher de ballon
III. La modélisation du tir après analyses des données cinématiques
Un modèle simulateur (réalisé par A. Durey, Professeur d'Aérodynamique et de Biomécanique du mouvement de l'UFRSTAPS de Marseille) nous permet de manipuler les facteurs qui agissent sur les caractéristiques du tir. A titre d'exemple examinons les conséquences d'une variation de 10% soit de :
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Exemple díun lancer-franc parfait (figa) Hauteur de lâcher de ballon de 2,10m Vitesse initiale : 7,20m/sec Angle vertical de tir : 60ƒ |
Réduction de 10% de líangle de tir (figb IDEM IDEM Angle vertical de tir : 54ƒ
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Réduction de 10% de la vitesse (figc) IDEM Vitesse initiale : 6,48m/sec Angle vertical de tir : 60ƒ |
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Les variations de la vitesse de lâcher sont davantage pénalisantes sur la réussite que celles qui concernent l'angle de tir.
IV. Conséquences pour l'entraîneur
IV. 1 Rappel sur le choix d'une bonne trajectoire
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D'après les études de Hay (Biomécanique des techniques sportives, Paris, Ed Vigot, 1980), l'angle idéal de pénétration (dessin a) n'est pas réalisable car il demanderait de lancer la balle beaucoup trop haut et surtout exigerait une vitesse de lâcher très importante (supérieure à 70 km/h) et surtout la moindre erreur de précision serait fortement sanctionnée. Un compromis doit être trouvé par le tireur, ce qu'il perd en surface de cible en diminuant sa trajectoire de tir, il le gagne en tolérance d'erreur au niveau de la précision. Les fourchettes d'angles de lâcher comprises entre 49 et 54ƒ constituent les meilleurs compromis. Dans la plupart des lancers, il n'y pas trop lieu de se focaliser sur la trajectoire de la balleÖ
IV. 2 L'importance de la direction
La précision de la direction du lancer est très importante puisque pour un tir de lancer franc, avec ± 3ƒ d'écart latéral le ballon ne rentre plus dan le cercle.
IV.3 L'importance d'une vitesse de lâcher en relation avec la distance de tir
C'est le facteur important, il doit être l'objet de toute l'attention de l'entraîneur, bien que difficilement contrôlable visuellement.
V.Conclusion
Dans l'entraînement au tir, une fois réglé le problème primordial de la direction, la vitesse du lâcher devient alors le facteur le plus important. Et dans ces conditions, certaines variations de trajectoires ne sont pas trop lourdes de conséquences sur la réussite.
Finalement, les adaptations techniques réalisées par les tireurs ne nuisent pas forcément à la précision. Il faut donc respecter la créativité du joueur dans la mesure où ça marche ! De plus, en dehors du respect des principes de base que nous venons de rappeler nous pouvons dire que certaines consignes énoncées par les entraîneurs ne sont pas confirmées puisque la description de la " forme du mouvement ", présente peu d'utilité.
Si modèle il y a, ce n'est surtout pas au niveau du geste global qu'il existe. Il y aurait beaucoup à creuser autour de líimportance de la vitesse de la balle sur la réussite et son " automatisation ".
Mais qui dit " automatisation " dit aussi une participation moindre de la conscience du geste
pendant l'action proprement dite. Alors si entraîner s'est demander aux joueurs de faire et de refaire, silence je vous en prie ! n'allez pas encombrer les joueurs de vos conseils inutiles puisque dans le cas présent une fois les positions du corps, de tenu de balle et d'alignement vers la cible sont acquis, la seule et vraie consigne qui vaille est celle de donner juste ce quíil faut de vitesse à la balle par le poignet (l'effet rétro donné au ballon en est un bon témoin) , le reste sur le plan technique devient secondaire.